ARTICLES

Kassem Ould Bellaly, ou la force d’un maire qui a choisi de miser sur les citoyens

Ahmed Mohamed Hamada/écrivain et analyste politique

À Nouadhibou, la politique locale ne se résume jamais à une simple compétition électorale. Dans cette ville portuaire, poumon économique de la Mauritanie et carrefour de nombreux intérêts, les élections sont souvent le prolongement de rapports de force où se croisent ambitions politiques, influence économique, réseaux sociaux et intérêts commerciaux.

C’est dans cet environnement particulier que Kassem Ould Bellaly a réussi à s’imposer comme l’une des figures les plus singulières de la scène politique locale.

On peut naturellement soutenir son action ou porter un regard critique sur certains de ses choix. C’est le propre de toute expérience politique. Mais une réalité semble difficile à contester : Kassem Ould Bellaly a construit, au fil des années, une relation particulière avec une partie importante de la population de Nouadhibou.

C’est probablement cette relation qui explique le mieux sa longévité politique et sa capacité à résister à ses adversaires.

Au cours de son parcours, des forces politiques, des acteurs économiques, des hommes d’affaires et des commerçants se sont retrouvés, à différents moments, dans le camp de ceux qui souhaitaient mettre un terme à son influence. Des alliances se sont formées, parfois entre des acteurs qui n’avaient pas grand-chose en commun, si ce n’est la volonté de lui barrer la route.

Mais la politique ne se décide pas uniquement dans les salons, les bureaux ou les cercles où se négocient les alliances.

Elle se décide aussi dans les quartiers.

Elle se décide dans les marchés, dans les rues, dans les familles et, finalement, devant les urnes.

Et c’est là que Kassem Ould Bellaly semble avoir trouvé sa principale force.

Face à des adversaires disposant parfois de moyens financiers plus importants ou de réseaux politiques plus puissants, il a construit un autre type de capital : la proximité avec les citoyens.

Son parcours rappelle une vérité souvent oubliée par les responsables politiques : une municipalité n’est pas seulement une administration chargée de gérer des dossiers. Lorsqu’elle est bien conduite, elle devient une institution présente dans la vie quotidienne des habitants.

C’est cette idée d’une municipalité proche de la population qui semble avoir marqué l’expérience de Nouadhibou.

L’action municipale ne s’est pas limitée, dans la perception de nombreux habitants, aux tâches administratives traditionnelles. La mairie a également été présente dans plusieurs domaines qui touchent directement à la vie des familles et aux préoccupations quotidiennes des citoyens.

Dans le domaine de la santé et de l’action sociale, la municipalité a apporté son soutien et accompagné, selon ses moyens et ses compétences, des citoyens et des familles confrontés à des situations difficiles. Cette dimension sociale a contribué à renforcer le sentiment d’une institution locale attentive aux réalités humaines de la ville.

La jeunesse a également occupé une place importante dans cette approche. Soutenir les jeunes, encourager leurs initiatives et accompagner leurs activités, c’est aussi reconnaître que l’avenir d’une ville comme Nouadhibou ne peut être construit sans ceux qui en représentent la force et l’énergie de demain.

L’éducation constitue un autre volet de cette présence municipale.

La rénovation et la construction d’établissements scolaires, l’amélioration de certains espaces éducatifs et l’attention accordée aux jardins d’enfants témoignent d’une conception qui dépasse la gestion quotidienne des affaires municipales. Car une ville ne se construit pas uniquement avec des routes, des bâtiments ou des infrastructures. Elle se construit aussi dans les écoles où les enfants apprennent et dans les espaces où ils grandissent.

Mais ce sont parfois les domaines dont on parle le moins qui révèlent le mieux le rapport d’une institution à ses citoyens.

L’entretien des cimetières et l’attention accordée aux défunts en font partie.

Prendre soin de ces lieux de mémoire et de recueillement n’apporte peut-être pas de grands bénéfices politiques et ne produit pas de slogans électoraux. Pourtant, il s’agit d’une mission profondément humaine. La dignité d’une ville se mesure aussi à la manière dont elle respecte ses morts et accompagne les familles dans les moments les plus difficiles de leur existence.

C’est dans cette attention aux détails que se construit souvent la confiance.

Une municipalité peut annoncer de grands projets et multiplier les discours. Mais le citoyen juge aussi ce qu’il voit chaque jour : l’organisation des services, la présence des équipes municipales, l’état des espaces publics, la propreté, la capacité de l’administration à répondre et, surtout, le sentiment que la mairie est réellement présente sur le terrain.

À Nouadhibou, le fonctionnement du service municipal constitue aujourd’hui, pour de nombreux observateurs, l’un des éléments les plus visibles de l’expérience conduite sous la direction de Kassem Ould Bellaly. Le visiteur de la ville lui-même peut constater, à travers différents aspects de la vie urbaine, une présence municipale qui ne passe pas inaperçue.

Car la qualité d’une administration ne se mesure pas uniquement aux déclarations de ses responsables. Elle se mesure à ce que les citoyens rencontrent concrètement dans leur vie quotidienne.

C’est sans doute là que se trouve une partie essentielle de la force politique de Kassem Ould Bellaly.

Sa popularité ne semble pas reposer uniquement sur une appartenance partisane ou sur une stratégie électorale. Elle s’est progressivement construite autour d’un capital de confiance, nourri par la proximité, la présence sur le terrain et l’image d’un élu accessible.

L’argent peut financer des campagnes.

Les alliances peuvent réunir des forces importantes.

Les réseaux peuvent ouvrir des portes.

Mais aucun de ces instruments ne peut facilement remplacer la confiance construite au fil des années entre un élu et les citoyens.

C’est peut-être ce qui explique pourquoi certaines alliances politiques et économiques n’ont pas réussi à produire les résultats espérés face à lui. Lorsque les calculs élaborés dans les cercles du pouvoir rencontrent le jugement direct des citoyens, l’issue peut parfois déjouer les pronostics.

Kassem Ould Bellaly a ainsi réussi à faire de la proximité une véritable force politique.

Cela ne signifie pas, bien entendu, que l’expérience municipale soit parfaite ou que Nouadhibou ne soit pas confrontée à de nombreuses difficultés. Une ville aussi importante doit faire face à des défis considérables : croissance démographique, pression sur les services, besoins en infrastructures et problèmes qui dépassent souvent les compétences et les moyens d’une municipalité.

Aucune équipe municipale ne peut prétendre résoudre, à elle seule, toutes les difficultés d’une ville.

Mais les citoyens ne jugent pas toujours leurs élus à l’aune de la perfection. Ils jugent aussi l’effort, la présence, la capacité d’écoute et la différence qu’ils perçoivent entre ce qui existait hier et ce qui est devenu possible aujourd’hui.

C’est là que se joue souvent la fidélité électorale.

L’expérience de Kassem Ould Bellaly à Nouadhibou offre ainsi une leçon politique qui dépasse largement les frontières de la ville.

Elle rappelle que l’argent possède une influence, mais qu’il a ses limites. Que les alliances peuvent être puissantes, mais qu’elles ne suffisent pas toujours. Et que, dans une démocratie, le dernier mot appartient à celui que l’on oublie parfois dans les calculs : le citoyen.

De la santé à l’action sociale, du soutien à la jeunesse à l’éducation, de la rénovation et de la construction d’écoles à l’attention portée aux jardins d’enfants, de l’entretien des cimetières à la qualité du fonctionnement du service municipal, c’est une certaine conception de l’action locale qui s’est progressivement imposée.

Une conception dans laquelle la mairie ne se limite pas à gérer des dossiers, mais cherche à être présente dans la vie quotidienne de la population.

C’est cette présence qui semble avoir constitué le socle le plus solide de la popularité de Kassem Ould Bellaly.

Et c’est peut-être là le véritable secret de son parcours politique : face aux alliances de l’argent, aux calculs des élites et aux rapports de force traditionnels, il a choisi de miser sur l’alliance la plus difficile à acheter et la plus difficile à briser : celle avec les citoyens.

À Nouadhibou, son parcours rappelle finalement une vérité simple : les intérêts peuvent se rapprocher, les alliances peuvent se former et les moyens financiers peuvent être considérables, mais la confiance des citoyens ne se décrète pas. Elle se gagne, jour après jour, au contact du terrain et des réalités humaines.

Bouton retour en haut de la page