
Nouakchott – TAWASSOUL : L’Inspection générale de l’État (IGE) a relevé, dans son rapport annuel d’activités au titre des années 2024 et 2025, des irrégularités ayant généré un impact financier global de 2,375 milliards d’ouguiyas nouvelles (MRU), à l’issue de 35 missions de contrôle, dont 28 ont été achevées et ont couvert plusieurs secteurs et établissements publics.
Selon le rapport, publié sur le site officiel de l’Inspection générale de l’État, le montant total des fonds soumis au contrôle durant cette période s’est élevé à 32,862 milliards de MRU. L’impact financier des irrégularités constatées représente ainsi environ 7 % du montant total contrôlé.
Les marchés publics concentrent l’essentiel des irrégularités
Les résultats des contrôles montrent que la commande publique constitue le domaine présentant le niveau de risque le plus élevé. L’impact financier des irrégularités qui lui sont liées s’est établi à 1,419 milliard de MRU, soit près de 60 % de l’impact financier global des irrégularités constatées.
Le recouvrement des recettes et créances arrive en deuxième position, avec un impact financier de 316,69 millions de MRU, suivi des obligations fiscales avec environ 197,81 millions de MRU, puis de la gouvernance et du contrôle interne avec plus de 144,34 millions de MRU.
À eux quatre, ces domaines représentent environ 87 % des irrégularités à impact financier relevées dans le cadre des missions de contrôle.
Dans le domaine de la commande publique, l’IGE a notamment relevé des cas de concurrence fictive, le recours injustifié à la procédure négociée, le fractionnement des dépenses, ainsi que des irrégularités dans l’exécution et le suivi des marchés.
Plus de 739 millions de MRU récupérés ou en cours de recouvrement
Le rapport indique que les mesures de recouvrement et de correction ont permis de traiter des montants financiers totalisant 739,48 millions de MRU, soit environ 22 % de l’impact financier des irrégularités constatées.
Ces montants comprennent 45,65 millions de MRU versés au Trésor public, 141,64 millions de MRU récupérés en nature et 139,77 millions de MRU récupérés par prélèvement sur les sommes dues. Par ailleurs, 197,41 millions de MRU étaient en cours de recouvrement.
L’Inspection a également pris des mesures préventives ayant eu un impact financier de 1,819 milliard de MRU, dont 603,76 millions de MRU résultant de la rationalisation des dépenses publiques et 694,69 millions de MRU liés à la suspension de dépenses jugées injustifiées.
Quatre dossiers transmis à la justice
Sur le volet de la reddition des comptes, l’Inspection générale de l’État a transmis deux dossiers à la Cour des comptes et deux autres au parquet.
L’impact financier des dossiers transmis aux autorités judiciaires compétentes s’est élevé à 1,217 milliard de MRU, soit environ 51 % de l’impact financier global des irrégularités constatées.
Des mesures administratives et disciplinaires ont également été prises à l’encontre de fonctionnaires occupant différents niveaux de responsabilité. Elles ont notamment concerné le licenciement de 20 agents, la mutation d’office de trois fonctionnaires et l’émission de 11 avertissements.
771 recommandations pour renforcer la gouvernance
Le rapport ne se limite pas à la constatation des irrégularités et de leurs impacts financiers. L’Inspection générale de l’État a également formulé 771 recommandations visant à corriger les dysfonctionnements et à améliorer les pratiques de gestion et de contrôle.
Parmi celles-ci, 420 recommandations ont été transmises aux structures concernées, tandis que 351 étaient encore en cours de transmission.
Par ailleurs, 348 mesures correctives ont été programmées, dont 231 ont déjà été mises en œuvre. Ces chiffres soulignent l’importance du suivi des recommandations, étape essentielle pour évaluer la capacité des administrations et établissements publics à corriger effectivement les insuffisances relevées.
Un contrôle couvrant plusieurs secteurs
Les missions de contrôle achevées ont concerné plusieurs secteurs, notamment la santé, l’éducation, l’habitat et l’urbanisme, la pêche et les infrastructures maritimes et portuaires, les mines et l’énergie, l’eau et l’assainissement, l’élevage, le travail, les transports, la protection de l’environnement, les télécommunications et les infrastructures numériques, ainsi que la protection sociale.
Selon le rapport, 11 missions ont été réalisées en 2024 et 17 en 2025. Parmi les missions effectuées, 28 étaient inscrites au programme de contrôle, auxquelles se sont ajoutées deux missions engagées d’office et cinq missions réalisées à la demande.
Un rapport qui renforce la transparence et la reddition des comptes
Le rapport s’inscrit dans les efforts visant à renforcer la transparence et la lutte contre la corruption en Mauritanie, notamment dans le cadre du décret n° 001-2025, qui prévoit l’élaboration par l’Inspection d’un rapport annuel sur ses activités, sa présentation au président de la République et sa publication au public.
L’Inspection générale de l’État rappelle que ses missions couvrent le contrôle, l’audit, l’investigation, l’évaluation des politiques publiques et le renforcement de la reddition des comptes. Ses compétences s’étendent à l’ensemble des structures et institutions chargées de gérer ou d’utiliser des fonds publics.
Elle précise également que ses contrôles reposent notamment sur des critères tels que le volume des budgets, le niveau de risque, les résultats des contrôles antérieurs et l’impact potentiel sur les citoyens, tout en garantissant aux entités contrôlées le droit de répondre aux observations avant la finalisation des rapports.
Au regard de ces éléments, l’intérêt du rapport réside non seulement dans l’identification des irrégularités financières, mais également dans la mise en évidence des faiblesses en matière de gestion, de contrôle interne, de commande publique et de recouvrement des ressources de l’État. Il établit en outre un lien entre les résultats des inspections et les mesures de correction, de récupération des fonds et de transmission des dossiers aux autorités judiciaires compétentes.
Le principal défi après la publication du rapport demeure toutefois la mise en œuvre effective de l’ensemble des recommandations et mesures correctives, le suivi des montants à recouvrer et la traduction des constats en réformes durables, susceptibles de prévenir la répétition des irrégularités et d’améliorer l’efficacité dans l’utilisation des deniers publics.







