
Nouakchott – Tawassoul : Une comparaison des prix de plusieurs produits alimentaires et matériaux de construction essentiels sur le marché mauritanien entre les dernières années du mandat de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz et les prix actuellement pratiqués sous la présidence de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani fait apparaître des hausses très variables.
Alors que certaines augmentations restent relativement modérées, notamment pour le riz et le ciment, d’autres produits, en particulier la viande, certaines espèces de poissons, les œufs, le sucre et l’huile, ont enregistré des progressions beaucoup plus importantes.
Cette comparaison repose sur les prix recueillis dans le cadre d’une enquête de terrain consacrée à l’évolution du coût de la vie. Pour les produits pour lesquels des données précises étaient disponibles, les prix pratiqués en juillet 2019 ont été retenus comme référence et comparés aux prix actuellement relevés sur le marché.
Cette comparaison ne signifie pas que les prix sont restés stables pendant toute la période correspondant à l’un ou l’autre des deux mandats. Elle vise à mesurer l’écart entre un niveau de prix observé à une période de référence donnée et les prix actuellement pratiqués.
Il convient également de préciser que certains prix varient selon la qualité, le poids, le conditionnement et le lieu de vente. Lorsque les données disponibles faisaient apparaître une fourchette, un prix moyen a été retenu. Les prix officiels sont, par ailleurs, distingués des prix effectivement observés sur le marché.
Œufs : un prix qui a plus que doublé
La plaquette de 30 œufs se vendait environ 800 anciennes ouguiyas durant la période de référence. Elle coûte actuellement autour de 2 100 anciennes ouguiyas.
Le consommateur paie ainsi aujourd’hui environ 1 300 anciennes ouguiyas supplémentaires par plaquette, soit une hausse proche de 162 %.
Autrement dit, le prix d’une plaquette d’œufs est désormais plus de deux fois supérieur à son niveau de référence.
Lait concentré : le prix de certaines références a doublé
L’évolution est également particulièrement visible pour le lait concentré, aussi bien au niveau de l’unité que du conditionnement en gros.
Le carton « Omela », contenant 92 unités, était vendu entre 6 500 et 8 000 anciennes ouguiyas, contre environ 16 600 anciennes ouguiyas actuellement.
L’unité, qui coûtait environ 100 anciennes ouguiyas, se vend aujourd’hui autour de 200 anciennes ouguiyas dans plusieurs points de vente.
Pour d’autres marques de lait concentré, le prix de l’unité se situait auparavant entre 70 et 80 anciennes ouguiyas, contre 150 à 200 anciennes ouguiyas actuellement, selon la marque et la qualité.
Dans certains cas, le consommateur paie donc aujourd’hui le double, voire davantage, du prix pratiqué durant la période de référence.
Viande : l’une des principales sources de hausse du coût alimentaire
La viande figure parmi les produits ayant enregistré les plus fortes augmentations.
Le kilogramme de viande de chameau se vendait autour de 700 anciennes ouguiyas, contre environ 3 000 anciennes ouguiyas actuellement, soit une progression d’environ 329 %.
Pour la viande bovine, le prix se situait entre 600 et 800 anciennes ouguiyas le kilogramme, contre environ 3 000 actuellement. En retenant une moyenne de 700 anciennes ouguiyas pour le prix de référence, la hausse atteint également environ 329 %.
La viande ovine et caprine, quant à elle, se vendait entre 2 000 et 2 500 anciennes ouguiyas le kilogramme, contre 4 000 à 4 500 actuellement.
En retenant les prix moyens des deux périodes, le kilogramme passe ainsi d’environ 2 250 à 4 250 anciennes ouguiyas, soit une hausse proche de 89 %.
Une autre question se pose toutefois concernant le prix officiel. Alors que le prix de la viande de chameau atteint environ 3 000 anciennes ouguiyas sur le marché selon les données de terrain, le gouvernement a fixé un prix plafond d’environ 2 800 anciennes ouguiyas le kilogramme.
Cet écart entre le prix annoncé et le prix effectivement pratiqué mérite donc d’être pris en compte dans l’évaluation de l’efficacité de la politique de régulation des prix.
Poissons : hausse des prix et recul de certaines espèces sur le marché
Les observations de terrain ne font pas seulement état d’une hausse des prix du poisson. Elles indiquent également que certaines espèces sont aujourd’hui moins présentes sur le marché local qu’auparavant.
Selon les données recueillies, le kilogramme de Azoul de bonne qualité est passé d’environ 1 000 à 1 500 anciennes ouguiyas à 3 000–3 500 actuellement.
En retenant les prix moyens, la hausse atteint environ 160 %.
La sardine, connue localement sous le nom de « Yaï Boy », se vendait autour de 50 anciennes ouguiyas la pièce, contre environ 350 actuellement chez les grands vendeurs, soit une progression proche de 600 %.
Pour le Thiof, deux petits poissons se vendaient environ 50 anciennes ouguiyas, soit 25 ouguiyas la pièce, contre environ 200 anciennes ouguiyas actuellement, ce qui représente une hausse proche de 700 %.
Le kilogramme de Kébarou est quant à lui passé d’environ 1 000 à 2 300 anciennes ouguiyas, soit une progression de l’ordre de 130 %.
Le « Seg » est passé d’environ 2 000 à 4 000 anciennes ouguiyas le kilogramme, soit une hausse de 100 %.
Quant à la « M’lissa », son prix est passé d’environ 1 200 à 2 500 anciennes ouguiyas, soit une augmentation proche de 108 %.
Pour le courbine, les prix actuellement relevés varient entre 2 500 et 4 000 anciennes ouguiyas le kilogramme, selon la taille et la qualité.
Riz : la hausse la plus modérée parmi les principaux produits alimentaires
Contrairement à la viande, au poisson, à l’huile et au sucre, l’évolution du prix du riz apparaît beaucoup plus modérée.
Le sac de 25 kilogrammes de riz local se vendait entre 5 500 et 6 000 anciennes ouguiyas, contre 7 000 à 7 100 actuellement.
En retenant les prix moyens, la hausse est d’environ 23 %.
Pour le riz importé, le sac de 25 kilogrammes coûtait environ 8 000 anciennes ouguiyas, contre 10 000 à 10 200 actuellement, soit une progression proche de 26 %.
Ces données montrent que le riz a enregistré une hausse nettement inférieure à celle de la plupart des autres produits inclus dans cette comparaison.
Huile : une hausse de plus de 100 %
Le litre d’huile se vendait entre 300 et 500 anciennes ouguiyas, contre 900 à 1 000 actuellement.
En retenant les prix moyens, le litre est ainsi passé d’environ 400 à 950 anciennes ouguiyas, soit une hausse proche de 138 %.
Pour le bidon de cinq litres, le prix se situait auparavant entre 1 500 et 1 800 anciennes ouguiyas, contre 3 400 à 3 900 actuellement.
Sur la base des prix moyens, la progression atteint environ 121 %.
Sucre : une hausse de plus de 200 %
Le kilogramme de sucre se vendait autour de 120 anciennes ouguiyas, contre 370 à 400 actuellement dans certains points de vente.
En retenant le prix moyen actuel, la hausse atteint environ 221 %.
Ce chiffre correspond toutefois au prix de marché relevé sur le terrain et ne constitue pas nécessairement le prix officiel fixé par les autorités. Cette distinction est importante pour apprécier l’évolution réelle du prix du sucre.
Matériaux de construction : ciment et fer
Si la hausse des prix alimentaires affecte directement les dépenses quotidiennes des ménages, l’augmentation du coût des matériaux de construction se répercute sur le logement, l’investissement immobilier et les projets de construction.
Ciment : une hausse comprise entre 31 % et 41 %
Des données précises sont disponibles concernant les prix du ciment en juillet 2019.
La tonne de ciment de type 32 se vendait alors autour de 4 600 MRU, soit 46 000 anciennes ouguiyas, tandis que la tonne de type 42 coûtait environ 4 950 MRU, soit 49 500 anciennes ouguiyas.
Le prix actuellement relevé s’établit autour de 65 000 anciennes ouguiyas la tonne.
Le ciment de type 32 a donc augmenté d’environ 41 % par rapport à juillet 2019, tandis que le type 42 a progressé d’environ 31 %.
Les données disponibles montrent par ailleurs que le prix de la tonne de ciment avait atteint, à une période antérieure, environ 70 000 anciennes ouguiyas, avant de revenir au niveau actuel, estimé à environ 65 000.
L’évolution du ciment apparaît ainsi différente de celle de plusieurs produits alimentaires, dont les hausses ont été beaucoup plus importantes.
Fer : environ 420 000 anciennes ouguiyas la tonne
Concernant le fer, les données actuellement disponibles font état d’un prix d’environ 420 000 anciennes ouguiyas la tonne.
Les informations disponibles pour juillet 2019 font état d’une relative stabilité du marché du fer à cette période, avec des variations limitées, de l’ordre de 4 %, selon les dimensions et les diamètres.
Toutefois, l’absence, dans les données actuellement disponibles, d’un prix documenté de la tonne en juillet 2019 ne permet pas de calculer avec précision le taux d’augmentation.
L’enquête se limite donc, à ce stade, à établir le niveau actuel du prix du fer, plutôt que d’introduire un pourcentage estimatif susceptible d’affaiblir la précision de la comparaison.
Et les salaires ?
La comparaison entre les prix actuels et ceux de 2019 ne serait pas complète sans examiner l’autre terme de l’équation : les salaires et les revenus.
Le mandat du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a été marqué par plusieurs augmentations salariales en faveur des fonctionnaires, des agents contractuels, ainsi que des secteurs de l’éducation, des forces armées et des forces de sécurité.
Parmi les principales mesures entrées en vigueur en janvier 2023 figure une augmentation de 20 000 anciennes ouguiyas par mois des salaires nets des fonctionnaires et agents contractuels, civils et militaires.
Le salaire minimum a également augmenté de 50 %, passant de 30 000 à 45 000 anciennes ouguiyas.
Les mesures ont également prévu une prime d’incitation de 10 000 anciennes ouguiyas par mois au profit des personnels enseignants exerçant effectivement sur le terrain pendant l’année scolaire, ainsi qu’une hausse de 66 % des allocations familiales versées par la sécurité sociale.
En janvier 2026, de nouvelles augmentations ont été accordées aux enseignants, inspecteurs, membres des forces armées et forces de sécurité, dont une hausse salariale de 10 000 anciennes ouguiyas.
L’indemnité de craie a également été augmentée de 20 000 anciennes ouguiyas pour les personnels enseignants en exercice dans les salles de classe, tandis que le gouvernement s’est orienté vers une augmentation progressive du salaire minimum jusqu’à 50 000 anciennes ouguiyas.
Les augmentations salariales ont-elles compensé la hausse des prix ?
La comparaison devient ici plus complexe.
Une augmentation nominale du salaire ne signifie pas nécessairement une hausse équivalente du pouvoir d’achat.
Ainsi, pour un fonctionnaire bénéficiant d’une augmentation mensuelle de 20 000 anciennes ouguiyas, l’impact réel dépend du niveau de son salaire avant l’augmentation et de la structure de ses dépenses.
Si son revenu augmente d’un certain pourcentage, mais que les prix des produits et services auxquels il consacre l’essentiel de son revenu progressent davantage, son pouvoir d’achat peut diminuer malgré l’augmentation nominale de son salaire.
Les données recueillies dans le cadre de cette enquête illustrent clairement cette disparité.
Le salaire minimum est passé de 30 000 à 45 000 anciennes ouguiyas, soit une hausse de 50 %.
Dans le même temps, le prix de la plaquette d’œufs a augmenté d’environ 162 %, celui du sucre de 221 %, celui de l’huile de 138 %, tandis que les prix des viandes de chameau et de bœuf ont progressé d’environ 329 %.
Mais la situation n’est pas uniforme : le riz local n’a augmenté que d’environ 23 %, le riz importé de 26 %, tandis que le ciment a progressé de 31 à 41 %.
L’effet des augmentations salariales sur le pouvoir d’achat varie donc d’un ménage à l’autre, en fonction de son mode de consommation et de la part de son revenu consacrée à l’alimentation, au logement, au transport, à l’éducation et aux autres dépenses.
Prix officiels et prix réellement pratiqués
Un autre élément mérite une attention particulière : l’écart entre le prix fixé par les autorités et celui effectivement payé par le consommateur.
Ces dernières années, le gouvernement a mis en place une politique de plafonnement des prix de plusieurs produits essentiels, dans le but de contenir l’inflation et de préserver le pouvoir d’achat.
Cependant, les relevés effectués sur le terrain dans le cadre de cette enquête font apparaître, dans certains cas, des écarts entre le prix officiel et le prix effectivement pratiqué sur le marché.
L’évaluation de la politique publique ne devrait donc pas reposer uniquement sur le prix annoncé par les autorités, mais également sur la capacité du consommateur à trouver effectivement le produit concerné à ce prix.
Trois niveaux doivent ainsi être distingués : le prix historique, le prix officiel actuel et le prix réellement payé par le consommateur.
Que révèle finalement cette comparaison ?
Ces données ne permettent pas, à elles seules, de porter un jugement global sur la performance d’une période politique. Elles permettent en revanche de dresser un constat sur l’évolution du coût de plusieurs produits essentiels.
Pour certains produits, comme le riz et le ciment, les augmentations restent relativement modérées.
Pour d’autres, notamment les œufs, le lait, l’huile et le sucre, elles dépassent 100 %.
Les viandes ont enregistré des hausses encore plus importantes, tandis que certaines espèces de poissons ont connu, selon les prix recueillis, des augmentations exceptionnelles, alors même que la Mauritanie dispose d’importantes ressources halieutiques et pastorales.
Dans le même temps, la période a été marquée par plusieurs augmentations salariales et par une hausse du salaire minimum, ce qui rend l’évaluation du pouvoir d’achat plus complexe qu’une simple comparaison des prix.
L’amélioration réelle du niveau de vie ne se mesure pas uniquement aux montants ajoutés aux salaires, mais à la quantité de biens et de services que ces revenus permettent effectivement d’acquérir après prise en compte de la hausse des prix.
La question qui ressort de cette comparaison pour les économistes, les décideurs publics et les citoyens est donc la suivante :
Les augmentations salariales intervenues ces dernières années ont-elles été plus rapides que la hausse du coût du panier de biens et services essentiels consommés par les ménages mauritaniens ?
Une réponse précise à cette question nécessiterait de mettre ces données en parallèle avec l’évolution de l’inflation, du salaire moyen, des prix des carburants, des coûts du transport et du logement, ainsi qu’avec le revenu réel des ménages.
Les données réunies dans cette enquête montrent néanmoins clairement que le coût de plusieurs produits alimentaires et matériaux de construction est aujourd’hui nettement supérieur à celui observé durant la période de référence, avec des écarts très importants d’un produit à l’autre.
Au-delà de toute appréciation politique, cette évolution fait du coût de la vie et du pouvoir d’achat un enjeu économique et social qui mérite un suivi régulier, notamment dans un contexte où l’État continue d’intervenir pour plafonner les prix de certains produits essentiels et tente de concilier la protection du consommateur avec les intérêts des producteurs, fournisseurs et commerçants.







