ECONOMIE

Mauritanie : les engagements de Ould Djay relancent le débat sur le pouvoir d’achat et le financement du budget 2027

Nouakchott – Tawassoul

Le Premier ministre mauritanien, Moctar Ould Djay, a annoncé samedi devant l’Assemblée nationale une série de mesures destinées à soutenir le pouvoir d’achat des ménages, dans un contexte marqué par la hausse des prix et l’érosion des revenus.
Ces engagements portent notamment sur la révision des prix des hydrocarbures, le renforcement du soutien aux produits de première nécessité et une éventuelle revalorisation des salaires et des pensions de retraite, en particulier pour les fonctionnaires et les retraités disposant des revenus les plus modestes.
Le chef du gouvernement a également mis en avant les marges budgétaires dont disposerait l’État pour financer ses programmes sociaux à partir de ses ressources propres. Il a notamment indiqué que les crédits consacrés au soutien des prix des hydrocarbures et de l’électricité avaient dépassé 80 milliards d’anciennes ouguiyas au cours de l’année 2026.


Une revalorisation des salaires envisagée dans le cadre du budget 2027


Moctar Ould Djay a rappelé que les crédits budgétaires consacrés aux rémunérations avaient doublé entre 2019 et 2026, parallèlement à plusieurs augmentations de salaires et de primes au profit de différentes catégories de travailleurs, notamment dans les forces armées, les services de sécurité et le secteur de l’éducation.
Il a également annoncé que le gouvernement entendait compenser les effets de l’inflation sur le pouvoir d’achat des fonctionnaires et des retraités civils et militaires, en privilégiant les catégories disposant des revenus les plus faibles.
La nature de ces engagements laisse entrevoir une prise en compte de la question salariale dans la prochaine programmation budgétaire. Une augmentation durable des rémunérations nécessitant des crédits permanents, le budget de l’État pour 2027 constitue le principal cadre dans lequel ces mesures pourraient être concrétisées.
Le soutien aux prix, des mesures applicables à court terme
Contrairement à une augmentation permanente des salaires, qui suppose une inscription dans le budget, certaines mesures de soutien aux prix pourraient être mises en œuvre avant l’entrée en vigueur du budget 2027.
Elles concernent notamment la révision du mécanisme de fixation des prix des hydrocarbures liquides et gazeux, la poursuite de l’encadrement des prix du blé, du riz, du sucre et de l’huile, ainsi que l’intégration de la viande dans la liste des produits concernés.
Le gouvernement prévoit également de prendre temporairement en charge une partie importante des factures d’eau et d’électricité des ménages à faibles revenus et d’élargir la base des bénéficiaires des aides destinées aux personnes handicapées et aux personnes souffrant de maladies chroniques.
Ces annonces interviennent alors que l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse cumulée de 7,3 % entre fin février et fin septembre 2026, selon les chiffres présentés par le Premier ministre devant les députés.


Quel serait le coût d’une augmentation des salaires ?


L’une des principales questions soulevées par ces engagements concerne le coût budgétaire d’une nouvelle revalorisation des salaires et des pensions, ainsi que la capacité de l’État à en assurer durablement le financement.
Une évaluation précise nécessite notamment de déterminer le nombre total des agents publics, en distinguant les fonctionnaires, les militaires, les employés des établissements publics et des entreprises appartenant à l’État, ainsi que le nombre de retraités et la structure des rémunérations.
Il conviendrait également de distinguer une augmentation générale des salaires d’une revalorisation progressive accordant un taux plus élevé aux catégories les moins rémunérées.
Une telle approche pourrait produire un effet social plus important au profit des ménages modestes, tout en limitant le coût global de la mesure par rapport à une augmentation uniforme.
La disponibilité de ces données permettrait de construire plusieurs scénarios de revalorisation et d’en calculer les coûts mensuels et annuels, ainsi que leurs conséquences sur les dépenses de fonctionnement, le déficit budgétaire et les ressources disponibles pour l’investissement public.


Le budget 2027, principal test de la concrétisation des engagements


Le Conseil des ministres avait approuvé, le 21 octobre dernier, le projet de loi de finances pour 2027, élaboré dans le cadre de la programmation budgétaire à moyen terme couvrant la période 2027-2029.
Ce projet constitue un indicateur essentiel pour vérifier dans quelle mesure les orientations annoncées par le gouvernement devant le Parlement se traduiront par des crédits budgétaires effectifs, qu’il s’agisse des augmentations de salaires ou du soutien aux produits de première nécessité et aux services sociaux.
La comparaison des crédits consacrés aux rémunérations et aux transferts sociaux dans les budgets de 2026 et 2027, ainsi que l’évolution des recettes fiscales, des revenus tirés des ressources naturelles et des dépenses publiques, permettrait de mieux mesurer les capacités financières de l’État.
Au-delà des annonces, l’enjeu consiste donc à déterminer dans quelle mesure le gouvernement pourra transformer ses engagements en mesures concrètes et mesurables, susceptibles d’améliorer durablement le pouvoir d’achat des Mauritaniens sans compromettre les équilibres financiers de l’État.

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