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80 milliards d’ouguiyas pour subventionner les hydrocarbures et l’électricité : quel impact réel sur le pouvoir d’achat des Mauritaniens ?

Nouakchott – Tawassoul

L’annonce par le Premier ministre mauritanien, Mokhtar Ould Djay, d’une enveloppe annuelle dépassant 80 milliards d’anciennes ouguiyas consacrée en 2026 aux subventions des hydrocarbures et de l’électricité relance le débat sur l’efficacité de la politique de soutien aux prix et son impact réel sur le pouvoir d’achat des ménages.
Ce montant, équivalant à 8 milliards de nouvelles ouguiyas, constitue l’un des principaux instruments d’intervention de l’État pour protéger les consommateurs contre les fluctuations des marchés internationaux. Toutefois, ce chiffre global ne permet pas, à lui seul, de déterminer la répartition des dépenses entre les hydrocarbures et l’électricité, ni de connaître les montants effectivement décaissés.
Un effort budgétaire important, mais des questions sur sa répartition
Lors de la présentation de la déclaration de politique générale du gouvernement devant l’Assemblée nationale, samedi, Mokhtar Ould Djay a indiqué que les crédits annuels consacrés au soutien des prix des hydrocarbures et de l’électricité avaient dépassé 80 milliards d’anciennes ouguiyas en 2026.
Le Premier ministre a également fait état de plus de 350 000 ménages bénéficiaires des transferts monétaires mis en place par les pouvoirs publics.
Cependant, son intervention n’a pas apporté de précisions sur la répartition de l’enveloppe entre les deux secteurs, ni sur la part du soutien bénéficiant aux différentes catégories de consommateurs.
Cette distinction est importante compte tenu des disparités dans les niveaux de consommation. Un ménage à faible revenu, dont la consommation d’électricité et de carburant est limitée, ne bénéficie pas nécessairement du même avantage financier qu’un ménage disposant d’un niveau de consommation plus élevé. Les entreprises, les industries et le secteur du transport profitent également, à des degrés divers, du maintien des prix de l’énergie.
Le gasoil, illustration du coût des interventions publiques
En mars dernier, le ministère de l’Énergie et du Pétrole avait publié des données illustrant l’ampleur de l’intervention de l’État sur le marché des hydrocarbures.
Selon ces chiffres, le coût d’achat d’un litre de gasoil atteignait alors 822 anciennes ouguiyas, contre un prix de vente au consommateur fixé à 512 ouguiyas. L’État prenait ainsi en charge une différence de 310 ouguiyas par litre.
Le ministère avait également annoncé que les subventions aux hydrocarbures avaient atteint 17 milliards d’anciennes ouguiyas au cours des trois premiers mois de l’année, dont la majeure partie durant le mois de mars.
Ces données illustrent le mécanisme par lequel les pouvoirs publics absorbent une partie de la hausse des coûts d’importation afin d’éviter sa répercussion intégrale sur les consommateurs.
Elles soulèvent toutefois des interrogations sur l’évolution de cette charge budgétaire durant le reste de l’année et sur sa contribution effective à la stabilisation des coûts du transport, de la production et des biens de consommation.
Entre subventions généralisées et transferts directs
L’une des principales questions soulevées par cette politique concerne sa capacité à orienter les ressources publiques vers les ménages qui en ont le plus besoin.
Le soutien aux prix des hydrocarbures et de l’électricité bénéficie globalement aux consommateurs, sans nécessairement tenir compte de leurs revenus ou de leurs niveaux de consommation. Les ménages qui consomment davantage d’énergie peuvent ainsi bénéficier, en valeur absolue, d’une part plus importante des subventions.
À l’inverse, les transferts monétaires directs permettent de cibler les aides en faveur des ménages identifiés comme vulnérables, à condition que le registre social soit régulièrement actualisé et que les mécanismes de distribution garantissent l’accès des bénéficiaires éligibles.
À cet égard, le Premier ministre a annoncé que plus de 350 000 ménages avaient bénéficié des transferts monétaires. Ce chiffre témoigne de l’élargissement de ces programmes, mais ne suffit pas, à lui seul, à mesurer leur impact sans données complémentaires sur le montant des transferts, leur fréquence et le profil socio-économique des bénéficiaires.
La hausse des prix met à l’épreuve l’efficacité des subventions
Ces annonces interviennent alors que le Premier ministre a reconnu une hausse cumulée de 7,3 % de l’indice des prix entre fin février et fin septembre 2026.
Il a annoncé une révision du mécanisme de fixation des prix des hydrocarbures liquides et gazeux, ainsi que la poursuite du plafonnement des prix du blé, du riz, du sucre et de l’huile, avec l’intégration de la viande dans la liste des produits concernés.
Le gouvernement envisage également de prendre temporairement en charge une partie importante des factures d’eau et d’électricité des ménages à faibles revenus, tout en compensant les effets de l’inflation sur les salaires des fonctionnaires et les pensions des retraités.
Ces engagements traduisent la reconnaissance officielle des pressions persistantes sur le pouvoir d’achat. Ils rendent toutefois nécessaire une évaluation fondée sur des résultats mesurables, au-delà des montants annoncés.
Transparence budgétaire et mesure de l’impact
L’évaluation de cette politique nécessite la publication régulière de données détaillées sur les crédits alloués aux subventions des hydrocarbures et de l’électricité, les dépenses effectivement engagées, ainsi que les catégories et les secteurs qui en bénéficient.
Elle suppose également de mesurer l’effet de ces interventions sur les coûts de production de l’électricité et les tarifs appliqués aux consommateurs, mais aussi sur les prix du transport, des produits alimentaires et des services.
Le principal indicateur de réussite d’une politique de subvention ne réside pas uniquement dans le volume des ressources mobilisées par l’État, mais dans sa capacité à préserver le revenu réel des citoyens et à orienter les avantages vers les catégories qui en ont le plus besoin.
Alors que le gouvernement annonce une révision des mécanismes de soutien aux hydrocarbures et un élargissement de la protection sociale, une évaluation économique et financière détaillée apparaît nécessaire pour déterminer le coût réel de cette politique, mesurer son rendement social et renforcer la transparence et l’équité dans l’utilisation des ressources publiques.

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