Enquête sur les incendies des centrales électriques : des responsabilités établies à l’encontre de responsables et d’entreprises pour des dysfonctionnements dans le projet des liaisons

Nouakchott, Tawassoul, 8 octobre 2026 – La commission d’enquête sur les incendies ayant affecté deux postes de transformation électrique à Nouakchott a établi des responsabilités institutionnelles, fonctionnelles et contractuelles à l’encontre de plusieurs responsables, organismes et entreprises, sur fond d’une série de dysfonctionnements ayant accompagné le projet de réalisation de trois nouvelles liaisons électriques, selon les conclusions du rapport présentées jeudi par le président de la commission, Ousmane Kane, devant la commission ministérielle, ainsi que les détails publiés sur le contenu du rapport.
Le rapport attribue une responsabilité fonctionnelle au ministre de l’Énergie et du Pétrole, Mohamed Ould Khaled, pour ce qu’il qualifie d’insuffisances dans le suivi et le contrôle de la convention ainsi que dans la supervision des structures chargées de sa mise en œuvre. Il relève également une responsabilité à l’encontre du secrétaire général du ministère, Ali Cely Soumare, liée à la non-activation du dispositif destiné à assurer la réalisation des objectifs fixés par les conventions, conformément à la note de service. Des insuffisances sont par ailleurs relevées à l’encontre du directeur général de l’Électricité et des Énergies renouvelables au ministère, Mohamed El Mokhtar Ahmed Mouloud, notamment en matière de validations insuffisamment étayées et de suivi technique du projet.
Au niveau de la Société mauritanienne d’électricité (Somelec), le rapport met en cause l’ancien directeur général, Sidi Ould Salem, pour avoir notamment lancé le projet des trois liaisons sans études techniques préalables, dans un contexte de faiblesse du dispositif de contrôle, ainsi que pour des décisions d’attribution que le rapport juge insuffisamment justifiées. Il lui reproche également d’avoir approuvé le changement de fabricant sans garanties suffisantes quant à la conformité du câble proposé aux engagements contractuels.
Le rapport relève également des insuffisances à l’encontre de l’actuel directeur général de la Somelec, Oukhrambali Ould Mohamed Lahbib, notamment dans le suivi du projet, la réception des câbles, leur mise sous charge et l’application des pénalités de retard.
Le rapport met également en cause Mohamed Ould Dheiby, directeur central de la distribution à la Somelec et coordinateur du projet, pour des insuffisances dans le suivi technique. Celles-ci portent notamment sur l’approbation de la fiche technique d’un nouveau câble sans vérification préalable de son équivalence avec celui prévu au contrat, l’acceptation de la livraison d’un câble dont la conformité aux exigences du marché n’avait pas été établie, ainsi que son autorisation de mise sous charge sans s’assurer de la mise en œuvre des précautions techniques requises. Le rapport lui reproche également de ne pas avoir pris certaines mesures préventives pour isoler des liaisons après le premier incendie.
Les responsabilités relevées par la commission ne concernent pas uniquement des personnes. Elles portent également, selon le rapport, sur les membres de la sous-commission d’analyse, notamment à propos de la proposition d’attribution du marché n°0868 à la société CTM. La commission met également en cause le président et les membres de la commission des marchés d’investissement pour avoir approuvé le rapport d’évaluation et proposé l’attribution du marché, malgré les observations du rapport concernant la non-éligibilité de l’entreprise retenue.
Sur le plan contractuel, le rapport attribue des responsabilités à la société CTM Bâtiment, notamment pour l’utilisation d’un document qui n’avait pas été validé par l’organisme émetteur, le changement de fabricant et de spécifications sans preuve des essais de type du câble installé, ainsi que pour la livraison d’un câble jugé non conforme au contrat. Il relève également le dépassement du délai contractuel et le non-renouvellement des assurances du chantier.
Le rapport relève par ailleurs des insuffisances à l’encontre du bureau d’études et de conseil IRAF, concernant notamment l’évaluation initiale, la présence du chef de mission et l’établissement des rapports, ainsi que l’autorisation de la mise sous tension des liaisons malgré certaines réserves et l’insuffisance de justification de certains services exécutés.
Lors de sa présentation devant la commission ministérielle, Ousmane Kane a indiqué que la première conclusion de l’enquête établissait un lien entre les deux incendies et la réalisation de trois nouvelles liaisons. Il a précisé que l’une des liaisons avait été mise sous charge six jours avant l’incendie dans l’une des centrales et deux jours avant dans l’autre. Il a toutefois souligné que cette concomitance ne suffisait pas, à elle seule, à établir un lien de causalité, avant d’indiquer que l’analyse technique avait montré que les deux incendies avaient pris naissance au niveau de cellules auxquelles étaient raccordés des câbles installés dans le cadre du même projet.
Le président de la commission a particulièrement évoqué la question du câble utilisé sur les deux liaisons. Il a expliqué que la société CTM avait demandé le changement du fournisseur après l’attribution du marché et que l’accord de la Somelec était conditionné à la présentation, avant la commande, des essais de type des câbles proposés.
Selon Ousmane Kane, ces essais n’ont pas été fournis et la commission n’avait pas obtenu, au moment de son enquête, les essais de type concernant le câble effectivement utilisé. Il a toutefois précisé que la commission ne concluait pas que le câble était à l’origine de l’incendie, mais que ses caractéristiques et ses essais n’étaient pas suffisamment établis à ses yeux.
Ousmane Kane a également déclaré que la commission avait relevé, dans son examen du déroulement du projet, « une série de négligences et d’erreurs », évoquant notamment l’absence d’un accompagnement technique suffisant depuis le lancement du projet. Il a estimé que le délai de quatre mois prévu dans l’appel d’offres n’était pas réaliste, alors que les experts ont évalué à 10 à 12 mois le délai minimum nécessaire à la réalisation du projet.
Il a également indiqué que l’offre retenue ne remplissait pas, dès le départ, les conditions d’éligibilité, selon les évaluations des experts de l’Inspection générale de l’État et de la Commission nationale de contrôle des marchés publics.
Plusieurs médias locaux, proches de personnalités influentes au sein du gouvernement, avaient publié au cours des derniers jours des informations successives sur le déroulement de l’enquête, avant la présentation officielle de ses conclusions. L’Organisation pour la transparence globale avait, pour sa part, précédemment soulevé plusieurs interrogations concernant certains aspects techniques et contractuels du projet.
Ousmane Kane a assuré que la commission avait mené sa mission, selon ses termes, dans un climat d’indépendance et de transparence, « sans aucune influence ni intervention d’aucune partie ». La commission avait entendu un grand nombre de personnes concernées et avait eu recours à des experts internationaux. Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a, pour sa part, ordonné la publication du rapport et sa mise à la disposition du public.
Le Premier ministre, Mokhtar Ould Djay, a annoncé que le gouvernement allait engager la mise en œuvre des recommandations de la commission, notamment les mesures administratives à l’encontre des personnes dont les responsabilités ont été établies, conformément au tableau des responsabilités, ainsi que les poursuites judiciaires dans les cas qui le justifient. Les recommandations portent également sur la réhabilitation des deux centrales, la mise en place de mesures préventives et l’élaboration d’un plan de réforme et de développement du système de gestion de la Somelec.
Selon la présentation faite par le président de la commission, le rapport s’est abstenu de transformer les dysfonctionnements relevés en qualifications juridiques définitives, laissant aux autorités compétentes le soin de déterminer si les faits constatés relèvent de fautes administratives, de négligences ou d’infractions susceptibles de faire l’objet de poursuites judiciaires.





