Commission d’enquête : les incendies des postes de la Somelec liés aux nouvelles liaisons 33 kV

Nouakchott, Tawassoul, 8 octobre 2026 – Les incendies qui ont ravagé, les 21 et 22 août dernier, deux postes électriques de la Société mauritanienne d’électricité (Somelec) à Nouakchott sont directement liés aux nouvelles liaisons électriques de 33 kV récemment mises en service, selon le rapport de la commission d’enquête indépendante remis au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Le rapport situe l’origine des deux incendies au niveau des cellules 33 kV utilisées pour ces nouvelles liaisons, mises sous tension les 15 et 20 août. Il relève toutefois que le mécanisme technique exact à l’origine de l’étincelle initiale n’a pas pu être établi avec certitude. L’hypothèse privilégiée par les experts évoque un défaut localisé au niveau d’un câble, d’une extrémité ou d’une jonction, ayant provoqué une montée progressive de la température avant la formation d’un arc électrique.
La commission souligne également plusieurs facteurs ayant favorisé la propagation des incendies, notamment l’insuffisance des dispositifs de détection et d’extinction, l’absence de barrières coupe-feu entre les cellules 33 kV, la présence de matériaux inflammables et les délais d’intervention. Elle relève aussi l’absence de personnel de la Somelec sur place au moment des incidents pour intervenir immédiatement avec les moyens d’extinction.
Sur le volet des responsabilités, le rapport identifie une série de manquements institutionnels, fonctionnels, contractuels et techniques, impliquant plusieurs responsables et structures. Il cite notamment le ministre de l’Énergie et du Pétrole Mohamed Ould Khaled, le secrétaire général du ministère Ali Cely Soumare, le directeur général de l’Électricité et des Énergies renouvelables Mohamed El Mokhtar Ahmed Mouloud, ainsi que d’anciens et actuels responsables de la Somelec.
Le rapport relève notamment des insuffisances dans le suivi du projet, la validation des caractéristiques techniques des câbles, leur réception et leur mise sous tension. Il fait également état de manquements imputés à l’entreprise CTM Bâtiments, notamment concernant la conformité des câbles livrés, la modification de certaines spécifications techniques et les délais contractuels, ainsi qu’à la société de contrôle IRAF.
La commission recommande notamment de suspendre les paiements liés au marché des liaisons 33 kV concernées et d’engager les procédures appropriées à l’encontre du titulaire, tout en assurant l’achèvement des travaux. Elle préconise également la transmission de certains dossiers à l’autorité compétente en matière de marchés publics et aux autorités judiciaires, notamment pour examiner des éléments relatifs aux qualifications et documents produits dans le cadre du marché.
Parmi les autres recommandations figurent le renforcement de la présence humaine dans les principaux postes, la centralisation de la vidéosurveillance au Centre national de contrôle, la réhabilitation des systèmes de protection, l’amélioration des procédures de mise sous tension et d’isolement, ainsi que la mise en place d’un protocole d’intervention d’urgence avec la Protection civile.
Le rapport préconise enfin une réforme plus large de la gouvernance de la Somelec, incluant la modernisation des infrastructures de distribution, le renforcement de la maintenance et de la formation, la clarification des relations financières entre l’État et la société et la création d’une structure spécialisée dans la gestion des grands projets d’investissement.
La commission précise que l’identification d’un manquement ne signifie pas nécessairement que celui-ci est à l’origine de l’incendie ou qu’il en a aggravé les conséquences. Les conclusions du rapport constituent ainsi une base d’établissement des responsabilités, sans préjuger de la qualification juridique définitive des faits, qui relève des autorités compétentes.







