Le partenariat Chino-mauritanien dans le domaine de la défense : une relation de confiance qui se consolide sous une direction d’état-major avisée.

Par Ahmed Mohamed Hamada
Écrivain et analyste politique
Depuis l’indépendance de la République Islamique de Mauritanie, notre pays s’est toujours attaché à construire des relations équilibrées avec ses partenaires amis, une façon pour lui de préserver sa souveraineté tout en avançant sur la voie du développement. La relation avec la République populaire de Chine occupe une place particulière dans ce paysage : elle incarne, depuis plus d’un demi-siècle, ce que peut être une coopération entre nations fondée sur le respect mutuel, l’égalité souveraine et la non-ingérence. Longtemps, cette relation s’est déployée sur le terrain économique et social — infrastructures, santé, pêche maritime. Mais ces dernières années, quelque chose a changé : une dimension militaire et sécuritaire s’est ouverte, et pas de façon anecdotique. C’est le signe d’un partenariat qui a mûri, au point de toucher désormais au cœur même de la souveraineté nationale.
Tout a commencé le 19 juillet 1965, date à laquelle les deux pays ont officiellement établi leurs relations diplomatiques — cinq ans seulement après l’indépendance mauritanienne. Un geste qui, à l’époque déjà, disait quelque chose de la clairvoyance des deux capitales. La première mission chinoise arrive à Nouakchott le 6 mai 1966, puis un accord historique est signé en 1967, posant les bases de la coopération économique et commerciale [1]. Depuis, les échanges commerciaux n’ont fait que croître : d’environ 30 millions de dollars par an au début des années 2000, ils sont passés à près de deux milliards de dollars en 2020. La Chine a mené en Mauritanie plus de 75 projets de développement, pour une valeur avoisinant 1,5 milliard de dollars — dont environ 80 % sous forme de dons, sans contrepartie —, auxquels s’ajoutent des investissements cumulés proches de 320 millions de dollars. Le secteur de la pêche en a particulièrement bénéficié, avec près de 200 millions de dollars investis et environ 200 navires en activité, générant près de deux mille emplois. Pékin a aussi contribué à soulager le système de santé national, notamment à Nouakchott, en y construisant des infrastructures hospitalières [1]. C’est ce terreau, patiemment construit au fil des décennies, qui a permis à la relation de franchir un nouveau seuil — plus sensible, plus stratégique : celui de la défense.
Ce basculement ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans un mouvement plus large de la politique chinoise en Afrique. Depuis 2019, Pékin organise régulièrement un Forum sino-africain sur la paix et la sécurité, dont l’objectif affiché est de resserrer les liens entre le ministère chinois de la Défense et ses homologues africains — la Mauritanie y a d’ailleurs pris part lors de sa troisième édition, à Pékin fin août 2023 [4]. Ce mouvement a pris de l’ampleur avec le sommet du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC 9), organisé à Pékin en septembre 2024, où le président Xi Jinping a annoncé un financement de 51 milliards de dollars pour le continent, évoquant même des manœuvres militaires conjointes et des patrouilles communes — la paix et la sécurité étant devenues l’un des quatre grands piliers du FOCAC [9][10]. C’est dans ce contexte régional, en marge de la onzième édition du Forum de Xiangshan sur la sécurité, que la relation bilatérale a franchi une étape décisive : le 15 septembre 2024, le ministre mauritanien de la Défense, M. Hanana Ould Sidi, et son homologue chinois, le général Dong Jun, ont signé un protocole d’accord destiné à renforcer la coopération militaire entre les deux pays. On quittait alors le registre des visites protocolaires pour entrer dans un cadre contractuel, plus structuré, ouvrant la voie à des programmes de formation, d’équipement et de coordination sécuritaire appelés à durer [2].
C’est dans ce contexte que le général de division Mohamed Fall El Rayes El Rayes est nommé, fin 2024, chef d’état-major général des armées, succédant au général Mokhtar Ould Belkheir Chabane [3]. L’homme n’arrive pas de nulle part : formé aux questions techniques de gestion du matériel et de l’armement, il occupait auparavant le poste de chef d’état-major adjoint, après avoir dirigé la direction centrale du matériel — un parcours qui a visiblement marqué de son empreinte l’état de préparation des forces armées et le développement de leurs capacités, et qui lui a valu la confiance du président de la République, chef suprême des armées, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani [3][4]. Cette sensibilité technique, on la retrouve naturellement dans l’attention qu’il porte aux questions d’équipement et de soutien logistique avec les partenaires internationaux — la Chine en tête. Il a ainsi reçu à plusieurs reprises l’ambassadeur chinois accrédité à Nouakchott, M. Tang Zhongdong : une première fois en mai 2025 [5], puis le 6 mai 2026, lors d’un entretien consacré aux relations de coopération entre les deux pays et aux moyens de les développer, en présence de l’attaché de défense de l’ambassade chinoise et de plusieurs responsables mauritaniens du dossier [6]. Et le 19 août 2026, une nouvelle rencontre a débouché sur un geste concret : la signature du procès-verbal de remise, à l’Armée nationale, d’un système de campagne pour l’hébergement et les secours d’urgence, offert par la partie chinoise [7]. On est passé, en somme, d’un dialogue sur les perspectives à des livraisons bien réelles — un signe que la relation gagne en maturité et se traduit désormais par un appui logistique concret, utile à la préparation opérationnelle des forces et à leur capacité de réagir vite en cas d’urgence.
Ce rapprochement ne se joue pas seulement au sommet. Il irrigue plusieurs niveaux de l’institution militaire, ce qui laisse penser qu’il s’agit d’une démarche organisée plutôt que d’une simple réaction aux sollicitations extérieures. Le chef d’état-major adjoint a ainsi reçu, de son côté, une délégation militaire médicale de l’Armée populaire de libération chinoise, en présence du directeur général du service de santé des forces armées, du directeur de l’hôpital militaire de Nouakchott et du chef de la division de coopération militaire — preuve que la coopération déborde le seul volet logistique pour toucher aussi à l’échange d’expertise médicale et au renforcement des capacités hospitalières [8]. On remarque, à la lecture de ces différentes rencontres, le rôle récurrent du « chef de la division de coopération militaire » et de son adjoint, ce qui suggère l’existence, côté mauritanien, d’une structure dédiée à ce dossier, gérée avec constance plutôt qu’au fil des circonstances [6][7][8]. Le don du système d’hébergement et de secours s’inscrit d’ailleurs dans une logique plus large que la Chine déploie en Afrique : proposer du matériel et un soutien logistique à des conditions compétitives, ce qui explique l’intérêt de plusieurs pays africains pour l’équipement militaire chinois — à la fois pour sa qualité et pour son coût [12].
Cette dynamique s’inscrit dans une vision plus large portée par le haut commandement : diversifier les partenaires internationaux pour préserver l’autonomie de décision du pays et renforcer les capacités propres de l’armée. Il faut d’ailleurs préciser que ce rapprochement avec la Chine ne se fait pas au détriment des autres relations de défense de la Mauritanie. Le chef d’état-major continue de recevoir régulièrement attachés militaires et ambassadeurs d’autres pays — français, américain, saoudien, algérien —, dans la continuité d’une politique mauritanienne assumée : celle de l’équilibre, du non-alignement et de la pluralité des partenariats, au service de l’intérêt national [6].
De l’établissement des relations diplomatiques en 1965 jusqu’à la livraison de matériel logistique en août 2026, en passant par le protocole d’accord de défense de 2024, c’est tout un chemin qui se dessine — celui d’une confiance construite pas à pas entre les deux pays, et que la direction du général Mohamed Fall El Rayes El Rayes semble avoir su faire progresser avec constance. Rien n’indique que cette trajectoire s’arrêtera là : portée par un suivi assidu et une organisation qui s’est visiblement structurée au fil du temps, elle devrait continuer à se renforcer dans les mois et les années à venir — au bénéfice de la sécurité du pays, et de la capacité de son armée à s’inscrire dans les évolutions stratégiques de la région et du monde.
Sources et références
[1] « Les relations sino-mauritaniennes : d’une histoire ancienne à un partenariat stratégique pour un avenir radieux », thekingdom-news.com, février 2025.
https://thekingdom-news.com/archives/3862
[2] « La Mauritanie et la Chine signent un protocole d’accord pour renforcer leur coopération militaire », Agence de presse saoudienne (SPA), 15 septembre 2024.
https://spa.gov.sa/N2171667
[3] « Mauritanie : nomination d’Ould El Rayes chef des armées », Sahara Medias, décembre 2024.
https://saharamedias.net/236623/
[4] « Le chef d’état-major, le général Mohamed Fall Ould El Rayes : un phare pour la nation et une direction avisée qui a marqué l’histoire », Al-Maraabi Medias, avril 2025.
https://www.al-maraabimedias.net/2025/04/
[5] « Activités du chef d’état-major général des armées », Armée nationale mauritanienne, 6 mai 2025.
https://armee.mr/taxonomy/term/1009?page=1
[6] « Le chef d’état-major général des armées reçoit l’ambassadeur de la République populaire de Chine accrédité auprès de notre pays », Armée nationale mauritanienne, 6 mai 2026.
https://armee.mr/node/3983
[7] Article relatif à la réception, par le chef d’état-major général des armées, de l’ambassadeur chinois et à la signature du procès-verbal de remise du système d’hébergement et de secours d’urgence, Rabat Info, 19 août 2026 (texte original transmis par l’utilisateur en début de conversation).
[8] « Le chef d’état-major général des armées adjoint reçoit une délégation militaire médicale de l’Armée populaire de libération chinoise », Armée nationale mauritanienne.
https://armee.mr/node/4011
[9] « Le forum Chine-Afrique : coopération militaire et 30 projets d’infrastructures », Asharq News, septembre 2024.
https://asharq.com/politics/99470/
[10] « L’Égypte et l’Afrique – Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC 9) », Portail Afrique, Autorité générale égyptienne de l’information.
https://africa.sis.gov.eg/
[11] « La Chine organise le troisième Forum sino-africain sur la paix et la sécurité », Sputnik Arabi, août 2023.
https://sarabic.ae/20230827/
[12] « Le partenariat constructif entre le continent africain et la Chine à travers le Forum de coopération sino-africaine », Centre Al-Marsad d’études, décembre 2021.
https://marsad.ecss.com.eg/65421/







