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Ould Ajay entre le langage des chiffres et la dure réalité : promesses creuses et justifications non convaincantes

Le Premier ministre, Mokhtar Ould Ajay, est récemment intervenu pour affirmer que les taxes et redevances appliquées aux carburants en Mauritanie ne sont pas élevées par rapport à celles pratiquées dans d’autres pays, ajoutant que l’État continue de prendre en charge une partie du coût du carburant. Il a présenté une série de chiffres destinés à justifier les hausses successives des prix des produits pétroliers. Cependant, ce discours soulève de nombreuses interrogations quant à sa compatibilité avec la réalité difficile que vivent les citoyens mauritaniens.
Si les taxes ont réellement été réduites de 36 % à 29 %, comme l’affirme le Premier ministre, et si l’État supporte une différence de 79 ouguiyas par litre de gasoil, pourquoi cette situation ne se traduit-elle pas par une baisse des coûts du transport, des produits alimentaires et des services essentiels, dont les prix continuent d’augmenter ? Pourquoi les plus démunis s’appauvrissent-ils davantage alors que le gouvernement parle de soutien et de sacrifices financiers ?
La principale contradiction du discours de M. Ould Ajay réside dans le fait qu’il invite les citoyens à considérer des chiffres abstraits, alors qu’ils vivent une réalité bien différente. Le problème ne se limite pas au niveau de la fiscalité, mais concerne également l’effondrement du pouvoir d’achat, la faiblesse des salaires, la hausse du coût de la vie, ainsi que l’extension de la pauvreté et du chômage. À quoi sert de comparer les taxes avec celles d’autres pays lorsque le revenu du citoyen mauritanien figure parmi les plus faibles de la région ?
Par ailleurs, les déclarations du gouvernement sur la prise en charge d’une partie du coût des carburants soulèvent une question légitime : où vont les importantes recettes fiscales générées par les carburants, les biens et les services ? Pourquoi les citoyens n’en perçoivent-ils pas les effets à travers l’amélioration de l’éducation, de la santé, des infrastructures ou la création d’emplois ?
Les gouvernements successifs ont pris l’habitude de justifier la hausse des prix par des facteurs extérieurs et par les fluctuations des marchés internationaux. Pourtant, les citoyens se demandent : toutes les crises sont-elles réellement d’origine externe ? La mauvaise gestion, l’absence de contrôle, l’augmentation des dépenses publiques et les privilèges accordés aux hauts responsables ne jouent-ils aucun rôle dans la dégradation de la situation économique ?
Aujourd’hui, ce dont les citoyens ont besoin, ce ne sont pas davantage d’explications théoriques sur les cours mondiaux du pétrole, mais de véritables politiques économiques capables d’alléger le coût de la vie et de protéger les catégories les plus vulnérables contre les vagues successives de cherté de la vie. Les chiffres avancés par le Premier ministre peuvent paraître convaincants sur le papier, mais ils perdent beaucoup de leur crédibilité lorsqu’ils se confrontent à la réalité quotidienne des familles qui luttent pour satisfaire leurs besoins les plus élémentaires.
En définitive, une question demeure : si le gouvernement subventionne réellement les carburants et réduit les taxes comme il l’affirme, pourquoi les citoyens ne ressentent-ils aucune amélioration dans leur vie quotidienne ? Et pourquoi la cherté de la vie continue-t-elle de s’aggraver alors que se multiplient les promesses non tenues et les justifications non convaincantes ?

Mohamed Abderahmane Ould Abdallah
Journaliste et écrivain
medabd388@gmail.com

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