ECONOMIE

La Mauritanie engage la réforme de son Code du travail

Agence Ecofin — Face à un Code du travail vieux de plus de 20 ans et un marché dominé à 84 % par l’informel, la Mauritanie lance une refonte de son droit du travail. Avec l’OIT à ses côtés, le pays veut protéger les travailleurs tout en restant compétitif pour les investisseurs.

La Mauritanie veut moderniser les règles de son marché du travail. Le mardi 13 mai, le ministère de la Fonction publique et du Travail a lancé un atelier de consultation tripartite. Il se tient au siège de l’Office national de la médecine du travail, à Nouakchott.

Pendant quatre jours, la rencontre réunit des acteurs nationaux et internationaux, représentants du gouvernement, du patronat et des travailleurs. L’objectif est « l’amélioration du cadre juridique et institutionnel régissant les relations de travail, en réponse aux transformations économiques et sociales rapides, et en conformité avec les meilleures pratiques et normes », selon le ministère.

L’enjeu est de taille. Le cadre légal en vigueur est régi par la loi n°2004-017 du 6 juin 2004. Depuis lors, le contexte économique et social a profondément évolué. Les nouvelles formes d’emploi et les mutations numériques réclament des règles adaptées.

Le format retenu est délibérément participatif. L’atelier accueille des études et des propositions de divers acteurs du travail. Les questions de sécurité sociale y sont également abordées. Les échanges portent sur la révision du Code mauritanien à la lumière des meilleures pratiques mondiales.

Le secrétaire général du ministère, Mohamed Mokhtar Moustapha, a rappelé que la réforme suit les directives présidentielles. Elle vise « un équilibre entre les exigences du développement économique et la protection des droits fondamentaux des travailleurs ». Le programme du Premier ministre, El Moctar Ould Djay, en fait une priorité, a-t-il ajouté.

L’OIT, partenaire stratégique d’une réforme inclusive

Le Bureau international du travail (BIT) est au cœur du dispositif. Son directeur pour les pays Maghreb, Halim Hamzaoui, a salué le niveau de coopération avec le ministère. L’Organisation internationale du travail (OIT) entend « accompagner les États membres dans l’adaptation de leurs législations aux normes internationales ». Les spécificités nationales de chaque pays seront prises en compte, a-t-il assuré.

M.Hamzaoui a qualifié l’atelier « d’espace de dialogue organisé et inclusif ». Il permet aux parties prenantes de « définir les priorités futures de manière participative ». La Mauritanie a ratifié plusieurs conventions fondamentales de l’OIT. Son Code actuel ne couvre pas les nouvelles réalités du monde du travail. La réforme vise à combler cet écart.

Un marché du travail sous tension

Cette initiative intervient alors que la Mauritanie fait face à des défis structurels profonds sur son marché du travail. Plus de 60 % des Mauritaniens en âge de travailler ont moins de 35 ans, selon la Banque mondiale. Le chômage des jeunes a atteint 22,9 % en 2025, selon les estimations de l’OIT. Le taux de chômage global s’établissait à 10,3 % la même année.

La structure de l’emploi aggrave les vulnérabilités. Seulement 16 % des emplois relèvent du secteur formel, selon la Banque mondiale. Les 84 % restants évoluent dans l’informel, sans protection sociale ni contrats réglementés. Les femmes n’occupent qu’un emploi sur quatre. Ces inégalités fragilisent la cohésion sociale et freinent la productivité.

Sur le plan macroéconomique, la Mauritanie a enregistré une croissance de 6,3 % en 2024, selon la Banque mondiale. Pourtant, cette performance ne se traduit pas en emplois de qualité. Dans la septième édition de son rapport sur la situation économique en Mauritanie, l’institution révèle que les enfants nés en Mauritanie ne peuvent « espérer utiliser que 15 % de leur potentiel de capital humain d’ici l’âge de 18 ans ».

Félicien Houindo Lokossou

Edité par Sèna D. B. de Sodji

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