
Une comparaison avec quatre pays voisins révèle des prix parfois proches ou supérieurs à ceux de la région. L’accord de pêche avec l’Union européenne relance le débat sur la valorisation des ressources halieutiques et l’approvisionnement du marché local.
Nouakchott – Tawassoul
Malgré ses importantes ressources animales et halieutiques, la Mauritanie fait face à une hausse persistante des prix de la viande et du poisson, qui pèse sur le pouvoir d’achat des ménages et soulève des interrogations sur les retombées économiques de l’exploitation de ces richesses.
Les comparaisons publiées par l’Agence Tawassoul entre les prix de 2019 et ceux relevés en 2026 font apparaître des augmentations significatives. Le kilogramme de viande bovine et cameline est ainsi passé d’environ 700 à 3.000 anciennes ouguiyas, tandis que la viande ovine et caprine est passée de 2.250 à près de 4.250 ouguiyas.
Pour le poisson, le kilogramme de certaines espèces, notamment le « Azoul », est passé de 1.000–1.500 à 3.000–3.500 anciennes ouguiyas. D’autres espèces ont également enregistré de fortes hausses, certaines atteignant 4.000 à 4.500 ouguiyas le kilogramme.
Une autre comparaison publiée le 12 septembre 2026, entre les prix de février 2025 et les plafonds annoncés en septembre, montre une hausse de 43 % pour la viande bovine et cameline et de 37 % pour la viande ovine. Certaines espèces de poisson ont, quant à elles, enregistré des augmentations pouvant atteindre 175 %.
Des prix comparables à ceux des pays voisins
La comparaison avec le Maroc, l’Algérie, le Sénégal et le Mali montre que la Mauritanie n’est pas systématiquement le pays le plus cher, mais que l’abondance de ses ressources ne se traduit pas nécessairement par des prix plus accessibles aux consommateurs.
À Nouakchott, les plafonds annoncés pour la viande bovine et cameline sont d’environ 3.000 anciennes ouguiyas le kilogramme, soit 7,5 dollars, contre 3.700 ouguiyas pour la viande ovine, soit environ 9,25 dollars.
Au Maroc, le kilogramme de viande bovine se vendait entre 100 et 160 dirhams en octobre 2026, soit environ 10 à 16 dollars, tandis que la viande ovine atteignait 14 à 18 dollars. Le poisson restait moins cher pour certaines espèces : les sardines coûtaient entre 1,2 et 2,5 dollars le kilogramme, et le maquereau entre 1,5 et 3 dollars.
En Algérie, les prix officiels de la viande rouge importée se situaient autour de 8,9 dollars le kilogramme sans os et de 10 dollars avec os. La viande bovine locale dépassait toutefois 19 dollars dans certaines régions. À Annaba, le kilogramme de sardines était relevé autour de 2,5 dollars.
Au Sénégal, le prix moyen du kilogramme de viande bovine avec os à Dakar atteignait environ 7,9 dollars en juillet 2026, selon les données de la plateforme Sunu Prix.
Au Mali, le prix moyen national de la viande bovine avec os s’établissait à environ 5,7 dollars début octobre, mais atteignait 7,2 à 7,5 dollars à Bamako. La viande désossée y était vendue autour de 8,3 dollars le kilogramme.
Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence : ils proviennent de périodes et de sources différentes et ne portent pas toujours sur les mêmes morceaux de viande ou les mêmes catégories de poisson. Certains correspondent à des plafonds officiels, d’autres à des prix de marché ou à des moyennes statistiques.
Accord de pêche avec l’UE : une contrepartie théorique de 87 ouguiyas par kilogramme
La question de la valorisation des ressources halieutiques se pose également à travers l’accord de partenariat dans le domaine de la pêche durable entre la Mauritanie et l’Union européenne.
Selon la Commission européenne, l’accord prévoit une contribution financière annuelle de 60,8 millions d’euros, en échange de possibilités de pêche pouvant atteindre 280.050 tonnes par an.
En rapportant cette contribution au volume maximal autorisé, la contrepartie théorique ressort à environ 217 euros par tonne, soit 0,217 euro par kilogramme, l’équivalent d’environ 87 anciennes ouguiyas.
En ajoutant les redevances des navires et des opérateurs, estimées à 36,5 millions d’euros par an en cas d’exploitation complète des quotas, ce montant théorique atteint environ 139 anciennes ouguiyas par kilogramme.
Ce calcul ne représente toutefois ni le prix commercial du poisson ni son prix de vente sur les marchés européens. Il s’agit d’une simple répartition des paiements liés à l’accord sur le volume maximal autorisé, lequel ne correspond pas nécessairement aux quantités effectivement capturées.
L’évaluation du protocole précédent apporte un autre élément important : les captures moyennes des navires européens dans les eaux mauritaniennes ont atteint environ 85.573 tonnes par an entre 2022 et 2024, soit bien moins que le plafond autorisé de 280.050 tonnes.
Le protocole en vigueur couvre la période du 15 novembre 2021 au 14 novembre 2026. Il prévoit également une enveloppe de 16,5 millions d’euros sur sa durée pour soutenir le développement durable du secteur halieutique mauritanien, notamment la recherche scientifique, le contrôle des activités de pêche et le soutien à la pêche artisanale.
Le prix européen du poisson reste une donnée distincte
La contrepartie théorique de 87 ouguiyas par kilogramme, ou de 139 ouguiyas en incluant les redevances, ne doit pas être confondue avec le prix auquel le poisson mauritanien est commercialisé en Europe.
Le prix final dépend de l’espèce, de la qualité, de la transformation, de la congélation, du transport, du stockage, de la distribution et des marges commerciales.
Pour mesurer la valeur réelle des produits halieutiques mauritaniens sur les marchés européens, il faudrait disposer de données détaillées sur les volumes effectivement exportés, les espèces concernées, les prix à l’exportation et les prix de vente dans les pays de destination.
Cette question rejoint celle de la part de la richesse halieutique qui bénéficie effectivement à l’économie nationale et au consommateur local.
Un défi de production, de distribution et de valorisation
La hausse des prix du poisson à Nouakchott s’explique notamment par les variations de l’offre, les périodes de repos biologique, les coûts d’exploitation et le prix des intrants, en particulier la glace utilisée pour la conservation. Les frais de transport, les capacités limitées de stockage frigorifique et la multiplication des intermédiaires peuvent également peser sur les prix.
Pour la viande, les coûts de l’alimentation animale, du transport et de la commercialisation, ainsi que l’organisation des circuits d’approvisionnement et les exportations de bétail, figurent parmi les facteurs à examiner.
La question centrale est donc celle de la transformation de l’abondance des ressources en bénéfices économiques et alimentaires pour la population.
Dans le secteur de la pêche, cela suppose notamment de renforcer la flotte nationale, les infrastructures de conservation et de transformation, les circuits de distribution vers l’intérieur du pays et la transparence des données relatives aux captures et aux exportations.
L’enjeu ne se limite pas au montant des recettes tirées des accords internationaux ou à la valeur des produits exportés. Il concerne aussi la création d’emplois, la transformation locale, l’approvisionnement du marché national et l’accessibilité des produits pour les ménages.
La comparaison régionale met ainsi en évidence un paradoxe : la Mauritanie dispose d’importantes ressources animales et maritimes, mais leur abondance ne garantit pas aux consommateurs des prix abordables. Le véritable indicateur de leur valorisation reste leur contribution à la sécurité alimentaire, au pouvoir d’achat et aux conditions de vie de la population.







