LES LETTRES DE CACHET DE CHEZ NOUS…

Les « lettres de cachet » sous l’Ancien Régime, en France, jusqu’en 1789, étaient des décisions exécutoires du Roi, sans jugement ni recours possible, pour emprisonner arbitrairement qui il voulait selon son bon plaisir.
En Mauritanie, en 2025, les lettres de cachet sont devenues monnaie courante et peuvent être servies par quiconque connaît un procureur, un juge d’instruction, un commissaire voire un simple inspecteur de police.
Pour n’importe quel motif et à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, des » agents », en tenue ou non peuvent faire irruption chez vous, s’emparer de votre personne et vous embarquer pour » le poste » ou devant le juge. Vous pourriez alors pourrir en prison, sans aucun jugement pendant des mois et des mois en » prison préventive » sans avoir jamais été assisté par un avocat. Si par bonheur, il en existe un pour vous, vous pourriez cependant subir toutes ces horreurs de procédure pénale sans qu’il n’en soit informé.
Le juge confirmera dans le meilleur des cas, la durée de prison effectuée et votre vie se sera brisée suivant le plaisir de celui qui aura commandité votre malheur pour résoudre son litige souvent simplement civil ou commercial avec vous.
Ces lettres de cachet sont devenues une pratique tellement banalisée qu’il est gênant d’en parler.
Dans les rapports des institutions des droits humains, tout ceci est inscrit sous la rubrique édulcorée d’ « abus d’emprisonnement ». Non, la question n’est pas l’emprisonnement lui même mais les conditions dans lesquelles les décisions d’y recourir sont prises.
Toutes les garanties sautent devant la surpuissance sans limite de la volonté d’une poignée de mauritaniens qui ont fait de la justice ( de la police à la prison) un domaine privé et des services qui y sont attenants, de simples affaires domestiques où règnent les coups de fil anonymes et les chuchotements, les clins d’oeil et les pouces en bas pour briser ou pourrir la vie des gens.
Les victimes de ces horreurs judiciaires sont connues de tous : les pauvres gens, les opprimés de toujours, les sans voix, ceux appartiennent désormais à l’immense classe des perdants face à la clique des parvenus qui vivent de l’Etat et s’emparent des biens d’autrui, sans vergogne et sans autre limite que celle de leur humeur de l’instant, suivant qu’elle est bonne ou mauvaise.
Chacun a des exemples précis à faire valoir. J’en ai qui défient l’imagination…
Gourmo Lô, 3 avril 2025