Mauritanie : les chiffres permettent-ils de confirmer le doublement des réalisations sous le régime actuel ?

Nouakchott – Tawassoul : Le ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, Houssein Ould Meddou, a affirmé que les réalisations enregistrées sous le régime actuel dépassaient largement celles accomplies depuis la création de l’État mauritanien, citant notamment les infrastructures scolaires et sanitaires, les routes, ainsi que les réseaux d’électricité et d’eau.
Une comparaison des données officielles disponibles pour les deux périodes, correspondant aux présidences de Mohamed Ould Abdel Aziz (2009-2019) et de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani (depuis 2019), montre une progression importante des infrastructures et des services de base, mais aussi des différences dans les méthodes de comptabilisation qui rendent certaines comparaisons directes difficiles.
Dans le secteur de l’éducation, la principale difficulté tient à l’unité de mesure. Le gouvernement précédent faisait état, dans son bilan des dernières années de son mandat, de la construction et de l’équipement de 142 écoles primaires et 80 établissements secondaires, ainsi que de la réhabilitation de 98 écoles primaires et 17 établissements secondaires. Pour 2019, il avait également programmé la construction de 50 écoles complètes et de 45 établissements secondaires.
Le gouvernement actuel comptabilise principalement les salles de classe. Le ministère de l’Éducation indique que 6.173 salles de classe ont été réceptionnées depuis 2019, dont 575 en 2026, tandis que 3.340 autres sont en cours de réalisation. Une autre évaluation officielle fait état d’environ 6.000 salles construites entre 2019 et fin 2025, auxquelles doivent s’ajouter 3.000 salles programmées pour 2026.
Ces deux séries de chiffres ne peuvent toutefois pas être comparées directement : une salle de classe n’est pas une école. Sur la base minimale de six salles pour une école primaire, quatre pour un collège et trois pour un lycée, 6.000 salles représenteraient mathématiquement l’équivalent d’un millier d’écoles primaires de six salles. Cela ne signifie pas pour autant que 1.000 écoles nouvelles ont été construites, une partie des salles pouvant correspondre à des extensions d’établissements existants ou à la lutte contre la surcharge scolaire. Une comparaison rigoureuse nécessiterait donc de connaître le nombre d’établissements scolaires entièrement nouveaux correspondant à ces salles.
Dans le secteur de la santé, la comparaison est davantage documentée, notamment lorsqu’elle porte sur les hôpitaux de référence et les établissements spécialisés. Le régime précédent avait vu la création ou le développement de plusieurs infrastructures médicales majeures, notamment le Centre hospitalier mère-enfant, le Centre national d’oncologie, l’hôpital de l’Amitié, le Centre national de cardiologie et le Centre hospitalier des spécialités médicales de Nouadhibou, ainsi que plusieurs hôpitaux régionaux, notamment à Néma, Kiffa, Boghé et Nouadhibou.
Les données officielles indiquent notamment que l’unité de radiothérapie du Centre national d’oncologie et l’hôpital de l’Amitié ont été inaugurés en 2010, tandis que le Centre national de cardiologie a été inauguré en novembre 2018 avec une capacité de 100 lits.
La même période a également connu une importante modernisation des équipements médicaux. Selon le bilan présenté par le ministère de la Santé en 2019, le nombre de grands hôpitaux était passé de 15 en 2009 à 26 en 2019, tandis que la capacité d’hospitalisation était passée de 1.990 à 3.275 lits. Le nombre de scanners était, pour sa part, passé d’un seul appareil en 2009 à 18 en 2019, parallèlement à l’extension des unités d’hémodialyse dans les régions.
Sous le régime actuel, le nombre total d’établissements sanitaires est passé de 762 en 2019 à 1.088 en 2025, soit 326 structures supplémentaires, selon le dernier bilan du ministère de la Santé. La période a notamment été marquée par la mise en service de nouveaux établissements, l’extension et l’équipement d’hôpitaux existants, ainsi que par la construction d’hôpitaux régionaux à Aleg, Ayoun et Tékane, auxquels s’ajoutent des projets à Zouérate et Akjoujt et des hôpitaux départementaux à Tintane, M’Bout et M’Bagne.
Sur le plan des équipements, le ministère de la Santé indique avoir acquis, entre 2019 et 2023, deux scanners pour l’hôpital Cheikh Zayed et l’hôpital de Rosso, ainsi que 153.500 kits de dialyse, 25 générateurs et 10 fauteuils de dialyse. Des équipements ont également été fournis à 150 postes de santé et 57 centres de santé. Certains équipements majeurs, notamment de nouveaux appareils destinés au Centre national d’oncologie et un appareil d’IRM pour le Centre des spécialités médicales, étaient toutefois encore en cours d’acquisition ou d’installation et ne peuvent donc être comptabilisés comme réalisations opérationnelles avant leur mise en service.
Dans le domaine routier, les déclarations des ministres chargés de l’Équipement et des Transports offrent également une base de comparaison. En 2019, la ministre de l’Équipement et des Transports indiquait qu’environ 2.600 km de routes avaient fait l’objet de travaux entre 2009 et 2018, dont près de 2.000 km achevés, auxquels s’ajoutaient environ 400 km de voirie urbaine, dont 250 km à Nouakchott. Les investissements dans le transport terrestre étaient alors estimés à 46 milliards d’ouguiyas nouvelles, dont 28 milliards sur financement de l’État.
De son côté, le ministre actuel de l’Équipement et des Transports, El Wavi Ould El Ferik, a déclaré en mai 2025 que plus de 3.000 km de routes revêtues avaient été réalisés au cours des six années précédentes, dont 2.000 km de routes nouvelles et environ 1.200 km réhabilités, auxquels s’ajoutaient près de 400 km de voirie urbaine. Le réseau national aurait ainsi dépassé 6.000 km. Le programme gouvernemental pour 2026 prévoit en outre l’achèvement, le lancement, l’étude ou le financement d’environ 2.000 km supplémentaires de routes urbaines et interurbaines.
Ces chiffres témoignent d’un effort routier important au cours des deux périodes, mais ne suffisent pas, à eux seuls, à établir un doublement des réalisations actuelles, notamment parce que les bilans ne comptabilisent pas toujours de la même manière les nouvelles routes et les travaux de réhabilitation.
Pour l’électricité et l’eau potable, les données disponibles montrent également une progression de la couverture, sans traduire nécessairement un doublement du taux d’accès. Le taux d’accès à l’électricité est passé de 45,8 % en 2019 à 56 % en 2023, selon les données gouvernementales, tandis que l’accès à l’eau potable est passé de 68 % à 72,33 % sur la même période.
Enfin, la comparaison doit tenir compte de l’évolution des ressources budgétaires. Le budget de l’État était de 54,12 milliards d’ouguiyas nouvelles en 2019, soit environ 541 milliards d’anciennes ouguiyas, contre 132,15 milliards d’ouguiyas nouvelles en 2026, soit plus de 1.321 milliards d’anciennes ouguiyas. Le volume nominal du budget a ainsi augmenté d’environ 144 % sur la période, un élément important lorsqu’il s’agit de comparer le volume des réalisations entre les deux périodes.
Les données disponibles montrent donc que le régime précédent a mis en place plusieurs infrastructures sanitaires de référence et spécialisées qui constituent aujourd’hui une partie importante de l’offre médicale nationale, tout en enregistrant une forte expansion dans les domaines scolaire, routier et des équipements médicaux. Le régime actuel poursuit, pour sa part, l’extension des réseaux scolaires, sanitaires et routiers, avec de nouveaux projets dans plusieurs wilayas, dont une partie demeure encore en cours de réalisation.
Au-delà du nombre brut de projets, une comparaison plus précise devrait prendre en compte ce qui a effectivement été achevé et mis en service, le coût des réalisations, les ressources budgétaires disponibles durant chaque période et l’unité de mesure utilisée. Cette dernière question est particulièrement importante dans l’éducation, où les gouvernements précédents comptabilisaient principalement les établissements scolaires achevés, tandis que le gouvernement actuel met davantage en avant le nombre de salles de classe construites.
Ces éléments permettent ainsi de replacer l’affirmation du porte-parole du gouvernement sur un « doublement » des réalisations dans le contexte des données disponibles, sans comparer directement des indicateurs qui ne reposent pas toujours sur les mêmes unités de mesure.







