Aziz demande à Ghazouani de l’autoriser à se faire soigner à l’étranger et le tient pour responsable de son état de santé

NOUAKCHOTT- Tawassoul : Depuis sa cellule, l’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a adressé une lettre ouverte au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, dans laquelle il demande à pouvoir effectuer des examens médicaux et recevoir des soins à l’étranger. Il y alerte sur la dégradation de son état de santé et tient les autorités pour responsables de ce qu’il considère comme une privation persistante de soins médicaux adaptés.
Son avocat, Abderrahmane Ould Zerouk, a déposé la lettre vendredi au courrier de la présidence de la République. Le document est daté du 15 septembre 2026. Son contenu, publié par la suite, porte principalement sur l’état de santé de l’ancien président, ses conditions de détention, mais également sur la procédure judiciaire engagée contre lui et ce qu’il présente comme des ingérences dans son dossier médical.
Une dégradation de l’état de santé et une demande de soins à l’étranger
Mohamed Ould Abdel Aziz affirme, au début de sa lettre, que son état de santé s’est progressivement dégradé, qu’il relie notamment aux conditions de sa détention et à ce qu’il décrit comme un accès insuffisant aux examens et traitements nécessaires.
Il fait état de troubles respiratoires devenus, selon lui, chroniques et provoquant des épisodes répétés de difficultés respiratoires. Il évoque également des problèmes cardiovasculaires et musculo-squelettiques, notamment des affections aux genoux qui nécessiteraient, selon lui, des examens et des traitements spécialisés.
D’après son récit, plusieurs examens et rapports médicaux auraient conclu à la nécessité d’effectuer des investigations approfondies qui ne seraient pas disponibles en Mauritanie, notamment dans le domaine respiratoire. Ces conclusions auraient conduit sa défense à demander que les dispositions nécessaires soient prises afin de lui permettre de recevoir des soins à l’étranger.
L’ancien président affirme également qu’une commission médicale élargie a procédé à une nouvelle évaluation de son état et conclu à la nécessité d’examens spécialisés. Il soutient toutefois que les autorités ont ensuite constitué une nouvelle commission chargée de réévaluer son état de santé.
Ould Abdel Aziz conteste les conclusions de cette dernière évaluation, estimant qu’elles ne reflètent pas suffisamment la gravité des symptômes dont il dit souffrir et qu’elles ne justifient pas le report des examens spécialisés, notamment au regard des épisodes répétés de difficultés respiratoires qu’il affirme subir.
Des accusations d’ingérence dans son dossier médical
Dans sa lettre, l’ancien président accuse le ministère de la Justice d’être intervenu dans le processus médical afin, selon lui, de l’empêcher d’accéder aux soins qu’il estime nécessaires. Il accuse également certaines autorités d’avoir influencé le travail des commissions médicales.
Il affirme qu’une précédente commission médicale avait recommandé des examens approfondis et qu’un rapport ultérieur avait fait état d’une atteinte pulmonaire qualifiée de « très légère », tout en recommandant la réalisation d’un scanner thoracique trois mois plus tard afin de suivre son évolution.
Ould Abdel Aziz considère que ce délai n’est pas compatible avec son état de santé ni avec la nécessité, selon lui, d’un diagnostic et d’une prise en charge précoces.
Ces accusations sont présentées dans la lettre comme la version de l’ancien président concernant la manière dont les autorités ont géré son dossier médical.
Il revient également sur ses problèmes articulaires et affirme que des médecins spécialistes ont envisagé la possibilité de procéder à des opérations de remplacement de ses genoux en Mauritanie. Il critique toutefois, selon son propre récit, une évaluation qui se serait limitée à la possibilité de réaliser l’intervention localement, sans comparaison approfondie avec les options thérapeutiques disponibles à l’étranger.
L’ancien président réaffirme son rejet des condamnations
La lettre ne se limite pas à la question médicale. Mohamed Ould Abdel Aziz y réaffirme également son rejet des décisions judiciaires rendues à son encontre et revient sur le déroulement de la procédure, depuis le jugement de première instance jusqu’à l’appel et la Cour suprême.
Il rappelle que le tribunal de première instance l’avait condamné à cinq ans de prison avant que la cour d’appel ne porte la peine à 15 ans. Il critique la composition des juridictions ainsi que certaines procédures ayant accompagné les différentes étapes de son procès, qu’il considère comme entachées de violations répétées.
L’ancien président conteste également le fondement de sa condamnation. Il rappelle que la peine de 15 ans est liée notamment à des faits d’enrichissement illicite et critique la confiscation de biens, estimant que la formulation de la décision aurait permis d’étendre cette mesure à certains biens appartenant à son père, à des membres de sa famille et à d’autres personnes.
Une comparaison avec le traitement réservé à d’autres détenus
Dans un autre volet de sa lettre, Mohamed Ould Abdel Aziz compare sa situation à celle d’autres détenus.
Il affirme que certains condamnés dans des affaires liées aux stupéfiants ou au terrorisme, ainsi que certaines personnes poursuivies dans des dossiers financiers, bénéficieraient, selon lui, d’un traitement plus favorable en matière de soins médicaux et de liberté.
Il dénonce également ce qu’il considère comme un traitement différencié des dossiers de corruption et de détournement de fonds publics, affirmant que des rapports émanant d’institutions officielles et d’organes constitutionnels ont fait état d’importants détournements sans que des mesures comparables soient prises, selon lui.
Un « signal d’alarme » adressé à Ghazouani
Dans l’un des passages les plus marquants de la lettre, Mohamed Ould Abdel Aziz affirme que sa démarche ne constitue ni une demande de compassion ni l’expression d’un désespoir, mais plutôt un « signal d’alarme » concernant son état de santé.
Il insiste sur le fait que permettre à un détenu de recevoir les soins que son état exige ne serait pas incompatible, selon lui, avec l’exécution de sa peine. À ses yeux, une autorisation de se faire soigner à l’étranger ne signifierait ni l’annulation de sa condamnation ni la suspension de son exécution.
L’ancien président tient par ailleurs Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani pour personnellement responsable de ce qu’il affirme avoir subi et continuer à subir. Il évoque une responsabilité qui pourrait, selon ses termes, relever de la « décision et de la mise en œuvre » ou encore de « l’approbation et de l’assumption », tout en faisant référence au rôle qu’il attribue à d’autres institutions, notamment judiciaires et parlementaires.
S’agissant spécifiquement de son traitement médical, Ould Abdel Aziz estime que la responsabilité ne peut être ni partagée ni négociée et met en garde contre les conséquences qui pourraient découler du refus de lui permettre d’accéder aux soins qu’il juge nécessaires.
En conclusion, l’ancien président affirme avoir joint à sa lettre l’intégralité de son dossier médical et laisse au président Ghazouani, selon les termes de la lettre, « l’appréciation et la décision ».
Mohamed Ould Abdel Aziz purge actuellement une peine de 15 ans de prison prononcée par la cour d’appel en mai 2025, après sa condamnation dans une affaire portant notamment sur l’enrichissement illicite, le blanchiment d’argent et l’abus de pouvoir.







